Accouchement difficile
Puériculture

Accouchement difficile : elles racontent leurs histoires – Partie 1 et 2

L’accouchement est l’ultime étape avant de voir son enfant pour la première fois et le serrer tendrement dans ses bras. Dans l’ensemble, il se passe dans de très bonnes conditions, mais pourtant 1/3 des accouchements sont vécus comme douloureux et extrêmement traumatisants. J’ai moi-même eu un accouchement pas comme les autres et pour cette occasion, j’ai décidé de réunir des témoignages. Ces femmes que je vais vous présenter ont toutes subi des accouchements difficiles et nous expliquent comment elles ont su dépasser ce traumatisme. Voici leurs histoires…  

Partie 1 – Anne-Sophie : ‘’Le ventouse obstétricale a ouvert la tête de ma fille’’

Dimanche 31 décembre 2017 à 17 h 30, la poche des eaux se fissure. J’appelle alors la clinique afin de savoir si je dois m’y rendre. Le maïeuticien me dit :  »Ne vous inquiétez pas, vous n’allez pas accoucher dans l’immédiat, vous pouvez vous permettre de prendre l’apéritif du nouvel-an et ensuite vous venez à la clinique.  » Dans ces conditions, nous prenons la route un peu plus tard dans la soirée et arrivons à la maternité vers 23 h 00. On m’accueille et m’installe en salle d’examen. La sage-femme m’examine et confirme que la poche des eaux est fissurée. Elle me pose le monitoring et me dit que l’on va attendre un petit peu pour voir si le col se dilate. Je passe une nuit et une journée à la maternité sans changement.

Les contractions commencent à se faire sentir

Lundi 01 janvier à 23 h 00, malgré tous mes efforts, je ne suis ouverte qu’à 1. L’équipe médicale décide de me provoquer l’accouchement. Je suis paniquée, j’ai tellement peur, mais j’accepte pour mon bien-être et celui de ma fille. La sage-femme me pose une perfusion d’ocytocines. Les contractions commencent à se faire sentir et deviennent de plus en plus fortes, de plus en plus intenses. Je demande donc à ce que l’anesthésiste vienne me mettre la péridurale.

On m’installe une PCEA (analgésie péridurale contrôlée par le patient). Mes douleurs apaisées, j’essaye de dormir un peu pour pouvoir récupérer de l’énergie pour les étapes suivantes. Il est 9 h 00, la sage-femme revient vers moi et me dit :  » Il est possible que vous accouchiez dans une heure donc il est préférable d’arrêter d’appuyer sur la pompe d’anesthésiant car il faut que vous sentiez ce que vous faites pendant l’accouchement ! »

Nous sommes le mardi 02 janvier, il est 13 h 00. C’est le moment tant attendu, je vais enfin la voir. On m’installe pour l’accouchement et les sages-femmes me disent de commencer à pousser. Je me concentre et pousse de toutes mes forces. L’équipe médicale m’encourage, me dit que c’est bien, car le bébé descend dans le col de l’utérus, mais qu’il remonte à la fin. Au bout de 20 minutes d’effort, les sages-femmes décident d’appeler Dr R, la meilleure gynécologue-obstétricienne de la clinique.

La gynécologue arrive en urgence

Il est 13 h 20, Dr R me prend en charge avec son équipe soignante. Elle me dit de pousser. Je pousse encore, encore et encore, à m’en épuiser, mais rien n’y fait, ma fille ne veut pas sortir. Je commence vraiment à être très inquiète. Par ailleurs, je demande plusieurs fois à l’auxiliaire de puériculture de maintenir mes genoux vers l’intérieur afin de favoriser l’ouverture des os du bassin. Elle me répond :  »cela ne sert à rien ! » et continue à orienter mes jambes vers l’extérieur. C’est mon premier accouchement et je suis très angoissée.

À 13 h 30, la gynécologue utilise la ventouse. Elle essaye de tirer à plusieurs reprises sur la tête de ma fille. Dr R m’informe qu’elle arrête cette technique d’extraction, car mon enfant risque d’avoir des dommages au cerveau. Elle sort donc les forceps et ajoute :  »Anne-Sophie, vous devez être très attentive, car votre fille risque de mourir si vous ne suivez pas mes consignes ! »

Il est 13 h 40, la péridurale ne fait clairement plus effet. Je reste forte et je fais abstraction des douleurs. Je continue à pousser et l’auxiliaire de puériculture me laboure le ventre pour selon elle ‘’aider à faire sortir bébé’’. Dr R me dit d’arrêter puis à 14 h 03, elle arrive à ‘’extraire de moi’’ une petite fille violette, avec une tête complètement déformée et qui ne pleure pas. Je n’ai même pas le temps de la serrer dans mes bras. Mon chéri et moi coupons le cordon ombilical et l’équipe médicale part en courant avec elle, nous laissant impuissant face à cette situation.

Ma fille a la tête ouverte

Heureusement, Madison s’est mise à pleurer et les soignants l’ont ramené rapidement auprès de moi. Une puéricultrice me dit :  » Elle est pleine de sang mais ne vous inquiétez pas ce n’est pas elle qui saigne ! » Papa la prend en peau à peau et s’aperçoit qu’elle a la tête ouverte à cause de la ventouse et qu’elle saigne. On la prend en charge et l’équipe lui administre un antalgique. Elle finit par se calmer dans les bras de son père.

Je suis tellement heureuse de la voir malgré tout ça, mais je me sens vaseuse et je perds beaucoup de sang. Les soignants demande à mon chéri de s’éloigner par précaution. Je le regarde, paniquée et je perds connaissance. Le trou noir dure plusieurs minutes. À mon réveil, mon chéri arrive vers moi pour me présenter ma fille et la gynécologue est en train de me recoudre le vagin.

52 points de suture au vagin

Elle me dit :  »Vous avez fait un malaise et une hémorragie. Les saignements se sont arrêtés, il me reste seulement quelques points à faire. » Je lui demande inquiète si mon vagin s’est déchiré et elle me répond spontanément :  »Non, j’ai fait une épisiotomie. » J’avais pourtant précisé dans mon projet de naissance que je n’en voulais pas. Elle me recoud pendant 45 minutes et je lui demande combien de points il reste à réaliser. Elle me dit :  »C’est bon, j’ai terminé, il y avait 52 points à faire ! »

Le post-accouchement a été très compliqué. Le papa a pu rester avec moi en chambre, car je ne pouvais pas me lever sans faire de malaise et mes douleurs m’empêchaient de me déplacer. Quant à ma fille, il était impossible de la poser sans qu’elle ne hurle. Elle devait prendre un antalgique toutes les 6 heures pendant 3 jours puis toutes les 9 heures jusqu’à ce que sa tête aille mieux. On a dû faire intervenir un ostéopathe pour la débarrasser de ses douleurs et de ses tensions.

Madison aura des troubles articulaires pendant 2 ans

Elle aura des soucis de blocages de la nuque, de la tête, de la mâchoire, des hanches et des épaules pendant 2 ans. En repensant à tout ça, je me dis que sur le moment, je n’ai pas très bien compris ce qu’il m’arrivait. J’étais vraiment déterminée à ce que mon accouchement par voix-basse se passe bien et à donner le meilleur de moi-même. Je n’ai pris conscience de tout cela seulement lorsque j’ai pu en discuter avec le psychologue.

Aujourd’hui, je suis connue à la clinique comme ayant eu l’accouchement le plus difficile. Cet événement ne m’a pas empêché d’agrandir ma famille puisque 18 mois après, j’ai mi au monde mon deuxième enfant. J’ai accouché dans la même clinique. Les sages-femmes m’ont reconnue et ont demandé des nouvelles de Madison !

Partie 2 – Charlène : ‘’J’ai subi deux révisions utérines à vif .‘’

Dimanche 2 février, je me lève déprimée de ne pas avoir encore accouché. Je me dis une nouvelle fois : ‘’Pff, ça ne sera pas encore pour aujourd’hui.’’ Début d’après-midi, je sors le chien avec mon chéri pendant une demi-heure comme tous les jours. On rentre à la maison et je sens des contractions une à deux fois dans l’heure. Je sais que ce n’est pas encore le moment donc je ne m’alarme pas et je reste à la maison. Vers 19 h 15, les contractions se rapprochent, je les ressens toutes les 20 minutes.

Je suis complètement désespérée. Je me dis que c’est encore du faux travail et que ce n’est pas le moment. Vers 20 h 00, on sort à nouveau le chien. Il est 20 h 30 et j’ai des contractions toutes les 10 à 11 minutes puis toutes les 8 à 10 minutes. Je patiente un petit peu pour ne pas me faire de faux espoirs. Il est 21 h 30, les contractions se manifestent toutes les 6 minutes et sont de moins en moins gérables. Je dis à mon chéri :  »Si ça continue comme ça, on va devoir se rendre à la maternité ! »

Je file sous la douche, je m’habille et je commence à avoir des douleurs de règles qui me donnent envie d’aller à la selle. On monte dans la voiture, les contractions sont espacées de 5 à 6 minutes. Nous arrivons à la clinique à 23 h 45, la sage-femme m’accueille et m’examine. Mon col est court et ouvert à 1 doigt. Elle me pose le monitoring en surveillance pendant 1 heure. Les contractions sont très fortes, j’ai vraiment très mal dans les reins.

« On vous garde !  »

1 h 00 plus tard, la sage-femme m’examine à nouveau, mon col est à 1 doigt large. Elle me dit :  » Il y a deux solutions. Soit, vous rentrez chez vous et vous revenez si les contractions continues. Soit, vous essayez de marcher et de faire du ballon pendant une heure pour favoriser la dilation !  » Soudain, je sens quelque chose couler entre mes jambes. J’informe la sage-femme et elle me fait les tests pour voir si j’ai fissuré la poche des eaux. Elle me laisse quelques minutes pour me décider suite à sa proposition et revient moins de deux minutes après pour me dire :  » Finalement, on vous garde. Le travail est très léger, mais c’est positif ! »

Je saute de joie et me dis que je vais enfin voir mon bébé cette nuit. Il est 2 h 00 du matin, on m’examine, mon col est à 2 doigts. La douleur est insupportable, je n’en peux plus. J’ai mal aux reins, au ventre, aux cuisses. Je veux que ces douleurs cessent. Vers 3 h 30, on me propose une injection de morphine dans les fesses pour soulager les douleurs, mais qu’il est préférable de réaliser avant un monitoring de 20 minutes pour surveiller le rythme cardiaque du bébé. J’accepte et prends sur moi.

À 3 h 50, on réalise l’injection et 10 minutes plus tard, les douleurs sont plus supportables. Il est 4 h 10 de matin, mon chéri et moi réussissons à nous endormir pour reprendre un peu de force. Vers 7 h 00 du matin, la soignante réalise l’examen de mon col, je suis à 4.

Je suis pleine d’espoir, on me descend en salle de travail et en moins de 20 minutes, je suis à 7 cm. La sage-femme me propose la péridurale, j’accepte très rapidement. Même si je ne comptais pas en avoir, je ne me voyais pas encore souffrir pendant des heures comme ça. Par la suite, on me perce la poche des eaux. Il est 12 h 00 et je suis à 9. Mon accouchement est tout proche, je suis tellement heureuse.

Le cœur de mon fils commence à ralentir

12 h 20, la soignante m’informe que c’est bon le bébé commence à s’engager et qu’il faut le laisser descendre. Plus les minutes passent et plus la pression sur l’utérus est forte. À 13 h 00, la sage-femme m’installe et je commence à pousser pendant 1 quart d’heure. Le cœur de mon fils commence à ralentir. La sage-femme décide d’appeler un gynécologue pour renforcer l’équipe et utiliser la ventouse. Je pousse fort 4 fois et mon bébé est là. Quel bonheur de le voir pour la première fois. Mon chéri et moi sommes sur un petit nuage. Maylone est né le 3 février 2020 à 13 h 37, une date à jamais gravée dans ma mémoire.

Les professionnels de soin prennent Maylone pour faire le test d’Apgar. De mon côté, on me fait pousser pour le placenta. Je pousse 4 fois, mais rien ne sort. On appuie très fort sur mon ventre pendant la peau à peau avec bébé, mais toujours rien. On recoud mes lèvres et mon vagin et la sage-femme contrôle que tout est ok pour le placenta. Mon chéri sort à l’extérieur.

Il insère sa main puis son bras

Après vérification, l’obstétricien me dit :  »il reste un bout de placenta, je vais devoir aller le chercher ! » La puéricultrice me prend Maylone et le gynécologue procède à la révision utérine. Il insère sa main puis son bras, je me tords de douleurs. La sensation est indescriptible. Il ressort sa main et je commence à saigner abondamment et mon utérus ne veut plus se rétracter. Le gynécologue m’explique qu’il doit renouveler la procédure. C’est un cauchemar, je ne veux pas ressentir à nouveau cette sensation.

Mon chéri n’est toujours pas là et les douleurs de la révision utérine me font perdre la tête. Je veux juste que ça s’arrête, je n’en peux plus. Je pleure et je hurle de douleurs. J’essaie de regarder mon bébé dans les bras de cette femme pour me distraire mais la douleur est tellement difficile à supporter. Mon utérus à toujours du mal à se recontracter. On m’appuie à nouveau sur le ventre pour réduire les saignements et stimuler mon utérus. Je perds encore énormément de sang et l’équipe médicale décide de me faire un injection de coagulant.

Mon chéri revient, me regarde et me demande l’air étonné ce qu’il s’est passé. Il était sorti pour informer notre entourage de la venue au monde de notre enfant. J’aurais tellement aimé qu’il soit la pendant ce moment difficile. Enfin, tout est fini. On me repose mon bébé et je peux le garder en peau à peau à tour de rôle avec son papa.

Aujourd’hui, bébé et moi allons bien. Ce petit être de 50 cm me remplit de bonheur et me rend complètement dingue. Au fond, je ne dirais pas que mon accouchement est oublié, mais cette étape douloureuse en valait le coup. Finalement, lorsque je regarde mon bébé aujourd’hui, je me dis que si je devais le revivre, je le ferai sans hésitation pour avoir ce petit bout de nous.

Merci à Anne-Sophie et Charlène pour leurs témoignages.

Une partie 3 et 4, vous attend la semaine prochaine. Et vous, comment s’est passé votre accouchement ?

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11 commentaires

  1. Ça fait peur de lire des témoignages comme ça !!
    Mais heureusement la plupart des accouchements se passent bien 🙂

  2. Brugaletta says:

    Témoignages poignant et très bien écrits. Beau travail et quel courage ont ces mamans !!!!

  3. Yaelle says:

    Un grand bravo pour cet article et pour ton travail ! Quel cadeau extraordinaire mais aussi douloureux de devenir maman..
    Hâte de lire d’autres articles.

    1. Oui la suite de l’article arrive cette semaine ou la semaine prochaine 🙂

  4. Fabien says:

    Je ne pensais que l’accouchement d’une femme était aussi difficile . Merci Déborah pour ton article !

  5. Coucou je n’ai pas eu d’enfant mais je t’avouerais que cela m’a toujours fait un peu peur vu que pour ma maman cela n’a pas été simple; heureusement que tout le monde va bien c’est le principal

    1. Oui heureusement ! C’est quelque chose de difficile mais c’est que du bonheur après !

  6. Vos témoignages sont bouleversants. Je suis contente de ne pas les avoir lu avant d’avoir.mon fils. J’avais décidé de éviter toutes lectures sur le sujet avant pour ne pas angoisser. J ai eu un accouchement de rêve. Fissure de la poche 7h. Douleurs à 14h. Travail dans le bain. Péridurale à 19h et accouchée à 23h10 après 30 min de poussée. Une petite déchirure de 2points. Récupération rapide. J ai eu bcp de chance.

  7. J’ai été captivée par ton article. Témoignages touchants et contente de voir que ça s’est bien fini ! Pour ma part, accouchement normal d’un point de vue médical mais très difficile pour moi car péridurale non fonctionnelle et on ne me croyait pas … bref ça en valait le coup mais on ne m’y reprendra pas lol

  8. Très bel article, dommage que certaines choses n’est pas souvent dite. Car oui malheureusement il y a des mauvais accoucher et on ne parle toujours que des beaux moments. Bravo mesdames

  9. Accouchement difficiles pour les 2 et après 3 ans 1/2 pour le 1er, j’ai toujours des séquelles psychologiques et physiques. J’ai rédigé un article sur mon 1er accouchement, et le second (il y a 4 mois) est en cours de rédaction.
    Comme je le dis souvent, j’aime mes enfants et je suis heureuse qu’ils soient en bonne santé, mais je maudits tout ceux qui m’avaient dit « tu verras, quand on te le pause sur toi, tu oublies tout ».

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